La chaleur revient, l’arnaque aussi
Vous avez peut-être rangé le ventilateur trop vite. Au 1er juillet, la France sort à peine de la canicule de juin, la plus intense jamais mesurée. Le répit sera court. Météo-France juge un retour des fortes chaleurs de plus en plus probable sur la première quinzaine du mois, avec des pointes possibles de 38 à 40°C vers le 10 juillet.
Et à chaque remontée du mercure, les mêmes publicités reviennent : un climatiseur portable sans installation, capable de refroidir 51 m² pour 110 euros.
Le nom change selon les jours, Epicooler, Coolizi, Breezo ou Jiuberry, mais le scénario est toujours le même. Vous payez, votre carte est débitée dans la seconde, et le colis n’arrive jamais. Ou alors il arrive un mois plus tard, et ce n’est qu’un ventilateur
Pourquoi ce « climatiseur » ne peut pas refroidir votre pièce
La promesse se heurte à la physique. Un vrai climatiseur ne crée pas de froid, il transfère la chaleur de la pièce vers l’extérieur, ce qui suppose un compresseur, un fluide frigorigène et un échange avec l’extérieur, donc un conduit d’évacuation ou un groupe posé dehors.
Les appareils vendus sous ces marques n’ont ni compresseur, ni fluide frigorigène, ni conduit d’évacuation : ils brassent de l’air à l’aide d’un réservoir d’eau, un procédé qui rafraîchit tout au plus la personne assise juste devant, jamais une pièce de 50 m². Sans échange avec l’extérieur, vous soufflez de l’air chaud dans votre salon.
Le prix affiché n’est pas le prix payé
L’entourloupe commence dès le paiement. Annoncé à 110 euros, l’Epicooler grimpe à 157,97 euros une fois au panier, ou 241,96 euros pour deux, au titre de frais de port et de douanes.
D’après l’enquête publiée par Clubic le 26 juin 2026, le site epicooler.fr, créé en avril 2026, n’est qu’une collection de liens affiliés adossée à la société lituanienne UAB Dara Digital, avec des ramifications entre la Lituanie, Hong Kong et Malte.
La même structure écoule d’autres gadgets présentés comme miraculeux, du nettoyeur haute pression aux écouteurs.
Une arnaque industrialisée à coups d’IA
Ce qui a changé cet été, c’est l’échelle. Les fraudeurs achètent de la publicité en masse via des régies comme Outbrain ou Taboola, et leurs encarts s’affichent jusque sur des sites d’information parmi les plus visités de France.
Pour noyer les alertes, ils publient des dizaines de vidéos YouTube générées par intelligence artificielle, titrées « Epicooler : arnaque ou bon plan ? », afin d’occuper le terrain avant les avertissements des consommateurs. De faux avis et de faux blogs complètent le décor. Entre fin mai et mi-juin 2026, plus de dix signalements par jour ont afflué sur Signal-Arnaques, pour des montants atteignant 242 euros.
Ce que vous pouvez faire si vous êtes déjà piégé
Si vous avez commandé sans rien recevoir, agissez vite. Contactez votre banque pour un chargeback : la contestation d’un paiement par carte est possible dans un délai d’environ 120 jours, en indiquant que le produit ne correspond pas à sa description et que le vendeur est injoignable.
Plusieurs victimes ont été remboursées ainsi. Un paiement PayPal ouvre droit à un litige équivalent. Signalez ensuite le site sur SignalConso, la plateforme de la DGCCRF, et sur PHAROS pour les contenus illicites, deux démarches qui contribuent à la fermeture des sites et alertent les autres consommateurs.
Le réflexe de trente secondes avant d’acheter
La parade tient en une règle simple : un vrai climatiseur portable a toujours un tuyau d’évacuation. Sans tuyau, c’est un ventilateur.
Avant de valider, tapez le nom du site suivi du mot « avis », vérifiez les mentions légales, un SIREN et une adresse postale réelle, et méfiez-vous d’un domaine créé il y a quelques semaines.
La chaleur va revenir par vagues tout l’été, et ces vitrines avec elle. Votre meilleure protection reste ce temps d’arrêt avant le clic.